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24 Heures
Françoise Jaunin
20-21
mai 2000
Couleurs
en liberté surveillée
Delphine Sandoz ne peint pas des corps, elle peint avec son corps,
avec son
instinct, avec une belle énergie qui l'engage toute entière dans l'acte
de
peindre. Rien à voir pour autant avec une peinture " tripale " qui
projetterait sur la toile ses pulsions profondes ou ses états d'âme.
Ce
qu'elle veut peindre, c'est la peinture elle-même. Sans sujet ni discours.
Sans titre ni commentaire.
La peinture qui donne à un carré de toile une existence propre, y
crée un
espace à soi, bâtit la couleur en liberté surveillée, construit
d'improbables structures transparentes qui se font et se défont, et
s'invente elle-même en se faisant, comme un acte existentiel et jubilatoire.
Entière et portée au geste spontané, la jeune Lausannoise joue sans
filet.
Faisant la part belle au blanc qui exalte le chant de la couleur,
sa
peinture laisse peu de place au repentir : ça passe ou ça casse, à
l'instinct, au culot, à la gourmandise de la couleur. Parfois la tension
se
relâche et les choses paraissent un peu plus gratuites, mais Delphine
Sandoz mise sur ces petits états de grâce qu'il faut traquer longuement,
obstinément, et être prêt à cueillir dans la fulgurance de l'instant.
Tel
est son beau pari : elle le relève parfois avec une belle autorité.
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