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Le Temps
Laurence Chauvy
Lundi 5 mai 2008
Delphine Sandoz donne des visages à la peinture
BEAUX-ARTS. A la galerie Ligne Treize, l'artiste conjugue abstraction et motifs figuratifs.
Les compositions picturales de Delphine Sandoz présentent un curieux alliage de zones
traitées de manière abstraite, où les teintes, leur juxtaposition, les mélanges et les
superpositions, sans oublier les coulures, sont à la fois séduisants et vaguement
rebutants, et de parties figuratives. Y apparaissent des visages, plus que des visages,
des têtes, sur le support du cou. Mais des têtes renversées, couchées comme des quilles,
ou carrément à l'envers.
Domiciliée à Lausanne, après avoir suivi l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de
Paris, l'artiste travaille à la peinture acrylique, qui permet la rapidité du séchage, la
matité, des ajouts francs. Tout le mystère des toiles tient dans cette apparition,
insolite, de figures aux yeux caves et mélancoliques, figures parfois à peine brossées,
si bien qu'on ne sait pas toujours s'il s'agit d'hommes, de femmes ou d'enfants. Mais
non, l'énigme est encore ailleurs: elle tient dans la présence de récipients, tasses et
bols, eux aussi à peine esquissés. Des tasses qui évoquent le «tea time», ce moment de
paix et de tradition bien éloigné des frénésies de la vie moderne, et dont semble sortir,
au lieu du filet de fumée, au lieu du nuage de lait... une tête. Ou deux têtes,
semblables à des oeufs dont la pointe se toucherait.
Visions ingrates, et pourtant belles, d'un métier que Delphine Sandoz conçoit comme un
don. Vous voulez voir de la peinture, semble-t-elle nous dire, en voilà, des plages
colorées, des nuances, des transitions, de superbes agencements chromatiques, et puis
voilà aussi, si vous y tenez, un sujet, un sujet humain arraché des profondeurs de l'âme,
ou des entrailles. Les tonalités, rose passé, bleu cobalt, brun, rendues plus profondes
par des rehauts de noir, contribuent à rendre plus opaque la démarche. Opaque, mais
séduisante.
Delphine Sandoz, peintures. Galerie Ligne Treize (rue Ancienne 15, Carouge, tél. 022/301
42 30). Me-ve 14-18h30, sa 11-17h. Jusqu'au 17 mai.
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